GOMET' premium - Août 2026
Par Jean-François Eyraud, fondateur président Gomet' Media
Jean-François Eyraud : L'été a été marqué par une succession exceptionnelle de canicules et d'incendies, en France comme en Europe. Estimez-vous que ces conséquences du réchauffement climatique vont impacter durablement les choix immobiliers des Français ? Si oui, pourquoi et comment ? Si non pourquoi ?
Didier Bertrand : La question n’est pas de savoir si les changements climatiques vont dans le futur impacter les marchés immobiliers : ils ont déjà impacté les comportements immobiliers des Français !
Ces changements d’attitudes ne sont pas conjoncturels mais bien structurels.
Enclenchés depuis plusieurs années, il y aura un avant et après l’année 2026 du fait de l’ampleur et de la simultanéité de tous les événements, qui se multiplient et s’amplifient, subis cette année 2026.
Nous avons tous été confrontés ces dernières semaines dans notre vie quotidienne et dans nos maisons et appartements aux conséquences de ces changements climatiques.
Une réelle prise de conscience de la nécessité d’adapter nos logements nous est apparue de façon évidente.
Cela entraine par conséquent des changements concrets dans nos choix de lieu de vie et des caractéristiques de nos logements.
Les Français se demandent maintenant en essayant de se projeter si leur habitation sera encore habitable dans 20 ans ? Quelles adaptations nécessaires à mettre en œuvre et à quel coût pour continuer à y habiter ? Et nouvelle question maintenant, s’ils pourront transmettre leur bien et s’il aura encore de la valeur ou en aura perdu ?
Une nouvelle carte de la demande et des prix pourrait rapidement apparaître, les zones de montagne sont plus recherchées ainsi que des régions comme la Normandie ou la Bretagne ; mais certains projets de changements se heurtent à la réalité notamment des possibilités d’emplois.
Un architecte retraité et une historienne spécialiste des habitats anciens me faisaient remarquer cet été que finalement, replacé bien entendu dans notre monde contemporain avec les matériaux et techniques de 2026, les choix d’habitations et la façon de construire des « temps anciens » (murs épais, ventilation, petites ouvertures, volets, cours ombragées, tomettes, pierre et matériaux locaux,…) n’ont jamais autant été d’actualité et la réponse aux importants bouleversements que nous vivons !
Avec au même moment les conséquences sur le marché immobilier des 20 prochaines années de la transmission XXL sans précédent du patrimoine de la génération des Baby-Boomers cumulée avec les logements vacants dans des territoires où plus personne ne souhaite vivre (diagonale du vide).
Le marché immobilier est concrètement et durablement bousculé !
Jean-François Eyraud : Constatez-vous d'ores et déjà des changements dans la région (et depuis quand) ? Quels sont-ils ?
Didier Bertrand : La Région Sud (Provence-Alpes-Côte d’Azur) est un véritable laboratoire à l’échelle nationale. En effet, c’est la seule région en France comportant l’ensemble des marchés immobiliers : grandes Métropoles, villes de toutes tailles, littoral, montagne, campagne, …
Elle est donc en avant-première un véritable révélateur des modifications en cours.
Les changements concernant tout d’abord le choix du territoire de son habitation selon ses propres impératifs et le moment de sa vie ; les choix sont différents pour un étudiant ou un jeune couple avec enfants en bas âge ou un couple encore en activité avant retraite ou un retraité ou nouvel arrivant dans la région.
Dans tous ces cas, il y a une véritable prise de conscience et une adaptation en cours sur tous les sujets concernant le logement : isolation thermique hiver et maintenant été, ressource de l’eau, qualité de construction, coût d’usage des habitations, …
Concrètement j’observe au quotidien dans les demandes des acquéreurs des changements d’attentes tant sur les différents critères que sur leurs cumuls impératifs ce qui est nouveau : orientation, logement traversant, ombres, volumes, isolation, étage si immeuble, extérieurs (balcon, terrasse, jardin, cour), volets ou persiennes ou claustras, mode de chauffage et de refroidissement ou ventilation naturelle, végétalisation, …
Jean-François Eyraud : Quelles sont les conséquences en matière de stratégie immobilière ? Est-ce le début de la fin pour le littoral ? Quel potentiel pour la montagne alors que la neige est de moins en moins présente l'hiver ?
Didier Bertrand : Le littoral sera toujours attractif mais il va devoir s’adapter à ces nouvelles conditions, ses nombreux atouts touristiques correspondront toujours à une demande. Néanmoins nous observons pour la première fois que les prix du marché immobilier des stations balnéaires baissent légèrement alors qu’ils continuent de progresser dans le reste du pays (dernière étude annuelle du LABEL de juin 2026).
La moyenne montagne est re découverte pour ses qualités, la haute montagne s’adapte depuis de nombreuses années à la baisse d’enneigement observée sur certains massifs et offre de plus en plus une vie « quatre saisons ».
Venant d’ouvrir une nouvelle agence Immobilière Le Marquis à Ceillac dans le Queyras, et ayant depuis 2007 le siège social de mon agence historique en plein cœur de Marseille, je suis un témoin et observateur privilégié des changements actuels de comportements des acquéreurs dans la région côté mer et côté montagne.
Tout d’abord de plus en plus de personnes se questionnent sur l’opportunité de déménager, le climat étant devenu un critère majeur de choix immobilier.
Toutes les différentes études récentes aboutissent aux mêmes conclusions : 1/3 des Français envisage de changer de cadre de vie et considère le climat comme un critère de choix dans leur recherche d’un logement bien isolé et naturellement frais.
D’autre part, les personnes ayant des métiers leur permettant de s’organiser librement, ont poursuivi pour de plus en plus d’entre elles, une « double vie » entre mer et montagne. Contraint par la période Covid, c’est maintenant un choix délibéré : être double propriétaire ; en bord de mer ou en ville et dans une zone plus fraiche ou à la montagne. La nouveauté c’est que les critères de recherche de ces deux résidences « semi-principales » sont maintenant identiques et aussi exigeants : accessibilité aisée par voiture ou transport en commun, extérieur, espace dédié pour travailler, accessibilité obligatoire à la fibre, commodités quotidiennes à proximité immédiate, services publics, …
Autre exemple, sur le site internet de mon agence nous présentons depuis sa création en 2007, les maisons et appartements qui nous sont confiés à la vente dans une rubrique « Biens verts » : les consultations de cette rubrique ont constamment progressé depuis son origine et n’ont jamais été aussi importantes que depuis ce printemps.
Retrouvez l'interview complète : https://gomet.net/immobilier-et-rechauffement-climatique-didier-bertrand/